Dans le cadre du Secours Catholique, je suis engagée dans un groupe d’accompagnement vers le logement de familles très mal logées. La majorité est constituée de familles africaines, maghrébines. Majoritairement des femmes seules avec enfants, et elles conjuguent difficultés de travail et de logement.   

Pour l’emploi, beaucoup travaillent dans le domaine de sociétés de nettoyage et de services à la personne. Presque toutes des temps partiels et sur plusieurs sites ou familles différents dans la même journée, avec des horaires très tôt le matin et tard le soir, d’où beaucoup d’heures dans les transports, beaucoup de fatigue, et des difficultés supplémentaires par rapport aux enfants ; ceux-ci se retrouvent  parfois seuls , source d’inquiétude pour les mamans ; par exemple, Esther nous dit « je rentre parfois à 23 h ou plus, mes enfants ( 9 et 4 ans ) sont seuls, dans l’hôtel il y a beaucoup d’hommes seuls, ma fille grandit et elle oublie parfois de fermer la porte à clef »

Ces horaires les empêchent d’accepter certaines offres de travail quand les enfants sont petits. Les contrats sont souvent des CDD, avec des périodes sans travail, ce qui a des incidences négatives pour les dossiers logement.

Le logement : pour ceux et celles qui en ont, ils sont exigus, sans confort, voir insalubres avec des loyers disproportionnés.
Suite à des ruptures des couples ou parce qu’elles sont célibataires, les femmes se retrouvent seules avec les enfants et sont alors logées en hôtel, parfois d’hôtel en hôtel. Elles sont aidées par les aides sociales, mais les loyers sont très chers, car les hôteliers font payer à la journée ; si la famille a des revenus elle participe, ce qui est normal, mais on ne leur laisse que 7 euros par personne et par jour. Dans la majorité des hôtels elles n’ont pas le droit de cuisiner. Que ce soit dans de minuscules logements ou en hôtel, il y a sur-occupation, avec tous les problèmes que cela engendre : couples fragilisés, dépressions, aucune intimité. Quelques exemples : 6 personnes dans un studio de 25 m2 dont un bébé ; Mr travaille de nuit, Mme sort le matin avec le bébé afin que le papa puisse dormir un peu ; le couple a failli éclater, un logement « passerelle »  a pu être trouvé in extrémis. Mme B. dans une chambre d’hôtel avec 2 grands enfants, garçon et fille nous dit : « quand l’un ou l’autre doit changer de vêtements, l’autre se met une couverture sur la tête !... »

Difficultés aussi pour la scolarité des enfants : pas de place ni de calme pour faire ses devoirs. Des enfants nous disent « Je m’installe dans les toilettes ». Malgré toutes ces difficultés qui s’ajoutent, s’interpénètrent, se répercutent les unes sur les autres, ces personnes sont des battantes qui se mobilisent et luttent. Il est très important pour elles d’être soutenues et accompagnées par les groupes et associations où elles peuvent parler ; certaines participent avec nous à des actions institutionnelles : par ex. elles ont fait un DVD sur leur mal-logement, se filmant elles-mêmes, et l’ont diffusé dans des rassemblements publics et l’ont envoyé aux élus. Actuellement préparation d’un court métrage sur ce qu’elles vivent. Elles sont souvent présentes aux manifestations sur le mal-logement organisées par le Secours Catholique ou avec d’autres associations. La précarité du travail fragilise aussi ceux, qui par exemple, après un parcours de vie dans la rue, ont pu accéder à un petit logement.

E et P : ils subissent régulièrement des baisses du nombre d’heures dans un temps déjà partiel, ce qui met en péril le paiement du loyer de leur petit studio. Ce sont des étrangers, célibataires, seuls en France, qui n’ont donc aucune possibilité de soutien familial.  Importance là aussi de soutien de groupe, d’associations, mouvements. Pour toutes ces personnes, il y a aussi les risques d’expulsion, de surendettement, auxquels il faut faire face, si possible en prévention ou en accompagnement et aide.

Ce témoignage est par rapport au travail et au logement.  Mais je vois aussi, dans une équipe d’acheminement ACO, des personnes entre 30 et 50 ans pour lesquelles la vie est souvent difficile aussi : familles monoparentales, chômage, sans papiers, situations similaires à celles évoquées plus haut, prendre la parole, s’épauler les unes les autres, créer des liens d’amitié, s’engager, partager leur foi et chercher à mieux la connaître et l’approfondir.

De ce que j’ai retracé ici, j’ai des échos de situations similaires ou tout aussi difficiles des autres religieuses en Mission Ouvrière, dans les quartiers, associations, paroisses, mais aussi d’espérance par des richesses de solidarités et de foi qui s’y vivent
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Denise Biard (religieuse)

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